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Chapitre 8

Sur le toit de l'avenir

Comme à chaque fois qu’il arrive sur le toit depuis les travaux, Yves Arnoux est saisi par le spectacle. Il avance avec étonnement parmi les plantes aromatiques, les réservoirs d’eau de pluie.

Comme il s’était trompé sur Mona ! Il l’avait jugée trop vite, ne voyait en elle qu’une écervelée irresponsable. Il lui suffit aujourd’hui de regarder autour de lui pour mesurer combien il avait tort. Après un massif de fleurs, il tombe sur un homme qui se retourne et écarte sa mèche rousse pour lui sourire.
– Bonjour, Yves.
– Alors, Franck, on compte toujours des pigeons parmi les locataires ?
– Pigeons, corneilles et abeilles, bien sûr, avec l’arrivée des ruches en fin de semaine.
– Mona est là ?
– Oui, juste après les panneaux solaires.
La voyante est au téléphone et fait signe à Arnoux de patienter quelques secondes.
– C’est bon, nous avons la totalité du financement pour les bacs à compost ! dit-elle en raccrochant. Le site participatif a bien fonctionné.
Les autres immeubles du quartier sont intéressés. Et, comme en astrologie, le cercle vertueux sera bouclé : nous placerons nos déchets dans les bacs, le compost récupéré servira aux plantations sous la serre ainsi qu’à celles de Jeanne. Une serre alimentée en soleil par les panneaux photovoltaïques : du 100 % naturel ! Vous avez croisé Franck ?
– Oui, à l’entrée du toit, répond Yves Arnoux.
– Vous vous souvenez quand il nous inquiétait ? Nous parlions tous
de l’homme à l’imperméable ! Vous vouliez même monter des tours de garde !
Les deux voisins éclatent de rire et se dirigent ensemble vers l’ascenseur.
– Un vrai scénario de film, poursuit Mona.
– À ce propos ! s’écrie Yves. Une société de production de cinéma nous a contactés. Ils veulent visiter l’immeuble et surtout le toit. Pour leur prochaine comédie. Une histoire de voisinage, paraît-il. Ils pourraient s’inspirer de nous ! Vous êtes d’accord pour les guider ?

 

La porte de l’ascenseur s’ouvre
face à eux.

 

 

Ils entrent et le silence s’installe quelques secondes.
– Je ne sais pas, Yves, dit enfin Mona. Les astres sont formels : pas de nouveaux visiteurs avant plusieurs semaines.
De nouveau, le silence. La voyante ne quitte pas du regard les chiffres des étages.
– Heu… très bien, très bien.

 

« On se voit ce soir de toute façon.
20 heures devant l’immeuble. »

 

 

Yves Arnoux ne peut cacher sa surprise. Ainsi, l’ancienne Mona est toujours là. Certaines choses ne changent pas finalement. Tant mieux, pense-t-il en s’effaçant pour laisser passer Mona.