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Chapitre 6

Peau neuve

Huit mois plus tard…

« Le chantier a pris un peu de retard mais reste globalement dans les délais prévus. » Plusieurs têtes acquiescent. « Toutes les phases se sont déroulées selon le planning de départ. » La réunion reste sérieuse malgré l’animation qui marque comme il se doit la fin du chantier. Autour du groupe immobile, des ouvriers entrent et sortent de l’immeuble, des apprentis rangent le matériel, retirent les plastiques scotchés sur le carrelage de l’entrée, nettoient les nouveaux luminaires. L’homme en imperméable a terminé son point. Comme prévu, le 20 rue de l’Avenir a fait peau neuve. Totalement.
Selon les souhaits de Charles Langley.

– Vous avez des questions ? demande une autre voix.
– Oui, s’il vous plaît, Erwan.
– Je vous en prie, Monsieur Arnoux.
– Ce n’est pas vraiment une question d’ailleurs mais une précision,

 

 

 

dit le retraité en rajustant son casque de chantier. À propos de l’aménagement du toit : la société coopérative créée par les habitants de l’immeuble pour l’exploiter a obtenu le prêt.

 

« Ce seront les derniers travaux
et ils pourront débuter rapidement. »

 

 

– Parfait, conclut Erwan, c’est noté.
Le groupe se sépare. Yves Arnoux observe Erwan qui échange encore quelques mots avec un chef de chantier. Il ne peut retenir un sourire en pensant au même jeune homme, quelques mois plus tôt, les cheveux en bataille, l’air gêné, en train de s’excuser sur son palier à cause du volume de la musique. Il n’y a pas que l’immeuble qui ait changé.
– Pourquoi souriez-vous, Yves ? demande Erwan en s’approchant de lui.
– Pour rien… je mesurais le chemin parcouru.
– Oui, c’est assez dingue, non ?

 

« Vous vous souvenez de cette soirée
chez vous ?

Quand nous avons compris
la situation ? »

 

 

– Oui, répond Arnoux en riant. L’abattement général !
– Mais nous avons réagi. Aujourd’hui, notre association, notre engagement pour l’immeuble, tout cela me paraît naturel. On avait tous les atouts pour ! Mais, à l’époque, j’étais catastrophé. Je me voyais déjà chercher un autre appartement avec mon dossier d’étudiant vaguement musicien ! Ce n’était pas gagné.
– Je monte voir Mona, vous m’accompagnez ?
– Non désolé, je dois passer voir Hanane.

 

« Au fait n’oubliez pas,
ce soir.

C’est LE grand soir ! »

– J’y serai, bien sûr.

– 20 heures pile ! »